Cessez-Le-Feu

De Emmanuel Courcol
Avec Romain Duris, Céline Sallette, Grégory Gadebois
Durée : 1 heure 43
Date de sortie : 19 avril 2017
Nationalité : 🇫🇷🇧🇪
Synopsis : 1923. Georges, héros de 14 fuyant son passé, mène depuis quatre ans une vie nomade et aventureuse en Afrique lorsqu’il décide de rentrer en France. Il y retrouve sa mère et son frère Marcel, invalide de guerre muré dans le silence. Peinant à retrouver une place dans cet Après-guerre où la vie a continué sans lui, il fait la rencontre d’Hélène, professeure de langue des signes avec qui il noue une relation tourmentée…
Ce que je pense de « Cessez-Le-Feu »
Cessez-Le-Feu dresse le portrait de trois personnages blessés par une guerre aussi cruelle que stupide que fût celle de 14/18. Trois portraits de femmes et d’hommes aussi touchants que meurtris et qui au retour d’Afrique de Georges (excellent Romain Duris) vont croiser leurs destinés pour le pire et le meilleur. Céline Sallette est éblouissante, mais le rôle qui jaillit de ce trio est incontestablement celui de Marcel (extraordinaire Grégory Gadebois) blessé au plus profond de son âme et qui va reprendre goût à la vie au contact de la belle Julie-Marie Parmentier, malgré son mutisme maladif. On se laisse porté, et même s’il manque de profondeur, du à un scénario somme toute assez mince, Cessez-Le-Feu offre à Emmanuel Courcol l’occasion de nous offrir son talent à la réalisation et aussi l’envie de le suivre dans son parcours artistique. 
Ma note : ★★★/5
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Helle Nächte (Bright Nights)

De Thomas Arslan
Avec Georg Friedrich, Tristan Göbel, Marie Leuenberger
Durée : 1 heure 26
Date de sortie : 2017
Nationalité : 🇩🇪🇳🇴
Synopsis : Ingénieur civil, Michael apprend la mort de son père alors que lui-même n’a plus de contact avec son fils. Il décide de partir avec lui en Norvège où son père a vécu en ermite.
Ce que je pense de « Helle Nätche »
Helle Nätche est un film sans issue. On suit le cour de cette histoire somme toute banale de relation silencieuse entre un père et son fils ado. Les silences y sont tout aussi étourdissants que les paysages d’une Norvège sauvage y sont sublimes. Et malgré toute la beauté visuelle il manque beaucoup à Helle Nächte, les silences ne suffisent pas à lever le voile sur cette non communication à l’intérieur de ce duo. Le film manque d’émotion, trop de lenteur et d’une monotonie étourdissante. On n’en sait pas plus à la fin qu’au début et ça n’est pas ce que j’attends du cinéma. 
Ma note : ★★/5

Detroit

De Kathryn Bigelow
Avec John Boyega, Will Poulter, Algee Smith
Durée : 2 heures 14
Date de sortie : 11 octobre 2017
Nationalité : 🇺🇲
Synopsis : Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d’émeutes sans précédent. La guerre du Vietnam, vécue comme une intervention néocoloniale, et la ségrégation raciale nourrissent la contestation. À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d’une base de la Garde nationale. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l’hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux. Le bilan sera très lourd : trois hommes, non armés, seront abattus à bout portant, et plusieurs autres blessés…
Ce que je pense de « Detroit »
C’est incontestablement un choc. La vision de Detroit ouvre sur un pan de l’histoire américaine où se mêlent les pires ignominies d’un monde basé sur le racisme, la haine, la torture. Deux heures haletantes, construites avec précision et minutie où jamais le film ne plonge dans le manichéisme, puisqu’on y voit des noirs collaborer avec les blancs et l’inverse est aussi vrai, des corps de police aux méthodes de travail assez différentes, entre police fédérale et municipale. La mise en scène est de toute beauté, d’une réalité déconcertante, brutale, alors oui on souffre, on sent le mal nous gagner jusqu’à nous engloutir, mais ce mal est nécessaire, il nous invite à prendre la mesure de la difficulté d’être au cœur d’un système qui broie l’homme noir comme on mènerait à l’abattoir. C’est terrifiant et oppressant, in fine Kathryn Bigelow peut se targuer d’être à la hauteur des enjeux d’une Amérique contemporaine qui se doit de lutter pleinement pour que chaque homme soit reconnu à valeur égale, même si pour cela elle nous gifle avec son brûlot au réalisme saisissant. Detroit est un passage obligatoire vers cette reconnaissance là.
Ma note : ★★★★★/5

Chevalier

De Athina Rachel Tsangari
Avec Panos Koronis, Vangelis Mourikis, Makis Papadimitriou
Durée : 1 heure 45
Date de sortie : 12 août 2015
Nationalité : 🇬🇷
Synopsis : Six hommes se retrouvent bloqués sur un luxueux yacht de la mer Egée suite à une avarie mécanique. Ils commencent à se disputer pour savoir qui est « le meilleur en général ».
Ce que je pense de « Chevalier »
Chevalier est en fait un « jeu de mesure » où le gagnant se voit remettre une chevalière et lorsque l’on dit « mesure » ici, on ne fait abstraction de rien. Le jeu consiste donc à décerner une note à tout : le comportement, l’apparence, la force physique, le caractère, tout : les hommes aiment se mesurer, comparer leurs performances et la taille de… Tout. Autant vous le dire tout de suite Athina Rachel Tsangari a compris de la rivalité des hommes, elle en joue, nous met dans un état de rire incroyable ou l’intelligence prévaut sur la simple moquerie. La virilité masculine en prend un coup et c’est juste délectable. Le fond est plus sérieux, la réflexion que « Chevalier » impose et bien une remise en cause d’un monde ou plus rien ne peut se faire sans que des classements et des notations soient faites tout azimut. On reparlera de ce petit bijou qui est actuellement en lice au festival ArteKino parque ce genre de cinéma là impose le respect.
Ma note : ★★★★/5 

Aloys

De Tobias Nölle
Avec Georg Friedrich, Tilde von Overbeck, Kamil Krejcí, Yufei Li, Koi Lee
Durée : 1 heure 31
Date de sortie : 23 septembre 2016
Nationalité : 🇨🇭🇨🇵
Synopsis : Aloys Adorn est un détective qui vit et travaille avec son père, avec lequel il entretient une relation fusionnelle. Sa routine professionnelle entre peu à peu dans sa vie privée et le pousse à filmer 24 heures sur 24 des personnes avec qui il semble n’avoir aucune relation. À la mort de son père, l’univers d’Aloys s’effondre et plus rien ne peut désormais le protéger du monde qui l’entoure. Après une nuit de beuverie, notre étrange protagoniste se réveille dans un bus et découvre que ses précieux enregistrements ont disparu. Peu de temps après, il est contacté par une mystérieuse femme répondant au nom de Vera, qui commence avec lui un étrange jeu téléphonique appelé et qui utilise l’imagination pour tout moyen de connexion. Un nouvel univers, sensuel et délicieusement violent, étonnamment plus vrai que vrai, apparaît alors.
Ce que je pense de « Aloys »
Visionner Aloys n’a rien d’anodin en encore moins de reposant. Tobias Nölle nous entraîne dans un labyrinthe fait de jeu de miroir et s’il faut un peu de temps pour s’habituer à la narration un peu lente, le propos va vite prendre le dessus sur le tempo et va alors éclater le jeu toute en subtilité de Georg Friedrich et Tilde von Overbeck. La confusion entre réalité et fantasme apparaît assez tôt dans le film et les appels téléphoniques viennent offrir une dose de sensualité improbable à la vue du personnage de Aloys. On se laisse porter par des plans à la beauté sombre mais loin d’être dénués d’intérêt, même si le scénario manque un peu de profondeur.  
Ma note : ★★★/5

 

Portrait de Femme

De Jane Campion
Avec Nicole Kidman, John Malkovich, Shelley Duvall 
Durée : 2 heures 23
Date de sortie : 18 décembre 1996
Nationalité : 🇺🇲🇬🇧
Synopsis : A la fin des années 1800, Isabel Archer, jeune Américaine en visite chez ses cousins anglais, choque son entourage par son esprit libre et aventureux. Son cousin Ralph, phtisique incurable, l’aime en secret. Elle part à Florence où une amie la jette dans les bras de son amant, Gilbert Osmond. Isabel l’épouse. Quelques années plus tard, elle découvre qu’elle a été manipulée. Elle affronte son mari et retourne aupres de Ralph, qui lui avoue son amour sur son lit de mort.
Ce que je pense de « Portrait de Femme »
Venant après son chef d’oeuvre, La Leçon de Piano, Portrait de Femme, après une sortie en demi teinte, offre 20 années plus tard toute sa richesse. Nicole Kidman y est bouleversante, belle, d’une blancheur que les images de Stuart Dryburgh magnifient. Elle y incarne Isabel Archer éprise de liberté et paradoxalement captive bien malgré elle de ses fantasmes. Jane Campion excelle dans l’art de la mise en scène et elle s’appuie sur des acteurs hors-normes, John Malkovich, Shelley Duvall, Viggo Mortensen et bien sûr Nicole Kidman. Portrait de Femme nous captive de bout en bout, de son entrée en matière aussi originale que captivante à sa narration, nous sommes face à une belle oeuvre cinématographique, sibylline et sentimentale. Il est peut-être temps de se replonger dans le cinéma de Jane Campion qui outre La Leçon de Piano comporte le savoureux Bright Star.
Ma note : ★★★★/5

Jungle

De Greg McLean
Avec Daniel Radcliffe, Alex Russell, Thomas Kretschmann
Durée : 1 heure 55
Date de sortie : 20 octobre 2017
Nationalité : 🇺🇲
Synopsis : Un film adapté de l’histoire de Yossi Ghinsberg et deux de ses amis, qui vécurent trois semaines dans une partie inexplorée de la jungle amazonienne.
Ce que je pense de « Jungle »
La force indéniable de Jungle tient plus à ses paysages grandioses et sublimes d’une jungle éclaboussée par la beauté qu’à son scénario qui se révèle d’une grande simplicité sans pour autant être mièvre. Tourné en Australie et en Colombie, Jungle porte en lui le récit d’une réelle aventure, celle de Yossi Ghinsberg, jeune homme en mal d’aventure qui restera 20 jours seul à lutter pour sa survie. Daniel Radcliffe incarne avec brio ce personnage pris au piège d’une nature aussi belle que méconnue où le danger surgit de toute part. Greg McLean dresse un film efficace même s’il n’y a aucune surprise a en attendre.
Ma note : ★★★/5

Grand Froid

De Gérard Pautonnier
Avec Jean-Pierre Bacri, Arthur Dupont, Olivier Gourmet
Durée : 1 heure 26
Date de sortie : 28 juin 2017
Nationalité : 🇨🇵🇧🇪🇵🇱
Synopsis : Dans une petite ville perdue au milieu de nulle part, le commerce de pompes funèbres d’Edmond Zweck bat de l’aile. L’entreprise ne compte plus que deux employés : Georges, le bras droit de Zweck, et Eddy, un jeune homme encore novice dans le métier. Un beau matin, pourtant, un mort pointe son nez. L’espoir renaît. Georges et Eddy sont chargés de mener le défunt jusqu’à sa dernière demeure. Mais, à la recherche du cimetière qui s’avère introuvable, le convoi funéraire s’égare et le voyage tourne au fiasco.
Ce que je pense de « Grand Froid »
Dans la lignée des films de Aki Kaurismäki, le talent en moins, Gérard Pautonnier, pour son premier long métrage, se perd … à l’image des protagonistes de son film. On sourit, tout au plus à cet humour, malgré un début fort prometteur. La belle brochette composée de Bacri, Gourmet et Dupont s’enfonce inexorablement au gré d’un scénario trop peu touffu et d’une mise en scène assez morne. Le froid ambiant aura finalement eu raison d’un improbable humour qui aurait pu nous réchauffer malgré quelques rires francs.
Ma note : ★★/5     

Mudbound

De Dee Rees
Avec Garrett Hedlund, Jason Mitchell, Carey Mulligan 
Durée : 2 heures 14
Date de sortie : 17 novembre 2017 sur Netflix
Nationalité : 🇺🇸
Synopsis : Mudbound suit la famille McAllan, fraîchement débarquée de la ville de Memphis, qui découvre la dure vie d’agriculteurs dans le Mississippi. Malgré les grands rêves de Henri, sa femme Laura lutte pour garder foi en son mari et en son entreprise en déclin. Pendant ce temps, Hap et Florence Jackson, exploitants agricoles de génération en génération, œuvrent courageusement pour construire leur propre rêve malgré les barrières sociales auxquelles ils font face.
Ce que je pense de « Mudbound »
A la beauté visuelle de Mudbound se lie celle d’une histoire d’amitié entre deux hommes, Ronsel, jeune noir et Jamie, blanc, tous deux unis à jamais par les horreurs de la seconde guerre mondiale qu’ils ont, chacun avec leur régiment, accompli en Europe. Le Mississippi est gangrèné par la montée des hommes en blanc du KKK et être noirs dans ces contrées malveillantes peut conduire bien plus qu’à l’asservissement face aux racistes du coin. En filigrane, Dee Rees se sert de cette histoire pour montrer, s’il en est encore besoin, que la haine que prone le KKK n’est autre qu’une succession de crimes, que son propos est plus d’actualité que jamais dans un des cinquante et un états de la bannière étoilée. Elle rappelle d’ailleurs dans une interview une phrase qui prend tout son sens : “Il n’y a plus écrit ‘réservé aux Blancs’ dans les bars du Mississippi en 2017, mais cela reste présent dans toutes les têtes.” Mudbound est un film choc, comme l’avait été Mississippi Burning à sa sortie en 1989. On regrettera sa diffusion exclusivement sur Netflix, car à n’en pas douter Mudbound aura une place de choix lors de la future cérémonie des Oscars, premièrement par la force qu’il dégage et à n’en pas douter par l’élection de Trump qui par sa politique laxiste cristallise tous les regards du monde des arts, qui n’a de cesse de remettre en cause son indécence et sa bouffonnerie. On sort de Mudbound totalement en colère, grogui, l’essentiel se situe dans la douleur qu’il procure et dans la réflexion qu’il impose. Ce film qui a ébloui le festival de Sundance saura vous arracher le cœur par son réalisme. 
Ma note : ★★★★★/5  
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